La décennie écoulée a été marquée par de réels progrès en matière d’inclusion financière, mais le chemin à parcourir reste encore long. Les avancées demeurent inégales : plus de 700 millions de femmes dans le monde n’ont toujours pas accès à un compte courant (a). Dans les économies en développement, l’écart d’accès aux services financiers entre femmes et hommes s’établit à 4 points de pourcentage (a).
Les conséquences sont à la fois immédiates et durables : les femmes exclues du système financier ne peuvent ni emprunter pour investir, ni épargner en toute sécurité, ni souscrire une assurance pour se prémunir contre les chocs futurs.
Mettre la finance au service des femmes
Réduire ces inégalités est indispensable pour libérer pleinement le potentiel économique des femmes et stimuler la création d’emplois et la croissance. Les services financiers peuvent être de puissants leviers d’autonomisation : ils permettent aux femmes de lancer et étendre une activité entrepreneurialw, de gérer le budget familial et d’investir dans leur avenir. L’accès au crédit, à l’épargne, à l’assurance et à des services de paiement efficaces peut aider les entreprises dirigées par des femmes à se développer et à créer des emplois, ce qui fait grandir et renforce l’économie locale.
Les services financiers et technologies numériques (a) peuvent contribuer à réduire l’écart entre les sexes en facilitant l’ouverture d’un compte chez les femmes. Et l’accès à un compte d’argent mobile ou autre compte dématérialisé peut à son tour aider les femmes à contrôler et à accéder à des ressources financières (transferts d’argent, prestations sociales, salaires) à l’aide d’une carte bancaire ou d’un téléphone portable.
Vers des résultats qui améliorent concrètement la vie des femmes
Mais ouvrir un compte bancaire n’est qu’un point de départ. Il faut aussi que le système financier réponde aux besoins des femmes, pour leur permettre non seulement d’utiliser leur compte, mais aussi leur ouvrir la voie vers d’autres services qui les feront bénéficier pleinement des promesses de l’inclusion financière : développer leurs moyens de subsistance, gérer les dépenses du foyer, des frais de scolarité aux imprévus du quotidien, faire face aux chocs sanitaires, climatiques ou économiques...
La plupart des prestataires de services financiers ne jugent pas utile de distinguer les particularités de la clientèle féminine, estimant que des stratégies « neutres » servent aussi bien les hommes que les femmes. Or, la réalité économique des femmes est très différente de celle des hommes : par exemple, leurs flux de trésorerie sont généralement plus faibles et irréguliers. Mais aussi et surtout, les femmes constituent un segment de marché précieux : elles remboursent mieux, épargnent davantage et sont plus fidèles que la clientèle masculine, ce qui en fait un véritable gisement de croissance pour les établissements financiers.
Les données désagrégées par sexe permettent de déterminer à quel stade du cycle de la relation client les femmes « décrochent », de repérer les disparités dans l’octroi de crédits et de concevoir des produits qui correspondent mieux à leur situation économique singulière. Il est particulièrement important d’adapter les produits aux besoins spécifiques des jeunes femmes, des femmes à la tête de nano-entreprises, des travailleuses de plateforme et des femmes dans l’agriculture.
Les systèmes financiers reflètent généralement les normes des sociétés dans lesquelles ils s’inscrivent et qui influent sur la manière dont les femmes sont perçues en tant qu’emprunteuses, entrepreneures et actrices de la vie économique. Ces normes de genre déterminent qui est en mesure d’offrir les garanties traditionnellement exigées par les banques, quels secteurs sont jugés viables, comment le risque et les projets sont évalués, et qui prend les décisions financières au sein du ménage. Et tout cela détermine en retour la façon dont les institutions financières perçoivent les femmes, et dont les femmes elles-mêmes interagissent avec la finance. Pour prévenir les biais et les préjugés qui peuvent découler de ces normes, les institutions financières doivent intégrer une perspective de genre dans leurs opérations et leurs produits.
Coalitions et action collective
Le Groupe de la Banque mondiale adopte une approche multidimensionnelle (a) pour aider les pays à lever les obstacles à la participation économique des femmes, notamment en se fixant des objectifs ambitieux et mesurables dans les domaines de l’internet haut débit, de la protection sociale et de l’accès aux capitaux pour les entreprises féminines.
Pour cela, nous mobilisons les données, analyses et conseils techniques, mais aussi la force des coalitions et des partenariats, en réunissant un large éventail de parties prenantes : responsables du secteur public, dirigeants du secteur privé et société civile.
Les obstacles qui empêchent les femmes de bénéficier pleinement des services financiers sont d’ordre structurel et appellent une action coordonnée et soutenue. Au Mexique, au Maroc et en Inde, le CGAP et le Groupe de la Banque mondiale testent ainsi différents modèles de partenariats public-privé visant à fédérer gouvernements, régulateurs et institutions financières autour d’un objectif commun : accroître l’inclusion financière des femmes, en reconnaissant que cela passe par une démarche écosystémique. Nous soutenons également des approches innovantes pour augmenter les financements destinés aux femmes. Par exemple, nous avons aidé la Banque de développement du Rwanda à porter de 15 à 30 % la part des projets dirigés par des femmes dans son portefeuille, grâce à une émission obligataire indexée sur des critères de durabilité (a). L’objectif est d’aider les pays à élaborer leur propre feuille de route pour aligner politique publique, innovation et investissement.
En reliant l’inclusion financière des femmes aux priorités économiques nationales — comme la création d’emplois — ces coalitions créent les conditions d’un changement systémique et reproductible à grande échelle.
Veiller à ce que l’inclusion financière profite à tous
Une inclusion financière élargie produit des résultats concrets en faveur du développement : elle soutient l’autonomie économique des femmes, la création d’emplois, l’entrepreneuriat, la résilience et l’accès à des services essentiels comme l’électricité, l’eau potable et l’éducation. Lorsque les femmes accèdent aux outils financiers, les familles, les entreprises et les économies tout entières en bénéficient aussi.
Des tendances positives se dessinent dans le domaine de la finance inclusive, et elles sont porteuses d’espoir. Mais ces progrès doivent se traduire concrètement par une meilleure santé financière pour des millions de femmes.
À l’occasion de la Journée internationale de la femme, le 8 mars, il est plus que jamais temps de réaffirmer notre engagement en faveur d’une économie véritablement inclusive — une économie qui offre à chacun et chacune l’accès à un revenu, une chance et la dignité.
Prenez part au débat