Dans de nombreuses régions de Madagascar, une crise peut tout faire basculer. Une saison agricole compromise, un cyclone, une maladie ou une perte soudaine de revenus suffisent parfois à fragiliser durablement une famille.
Depuis une dizaine d’années, cette réalité commence pourtant à évoluer. Les programmes de protection sociale ont pris de l’ampleur et font aujourd’hui une réelle différence dans le quotidien de millions de personnes à travers le pays. Ils montrent qu’aider une famille à traverser un moment difficile, ce n’est pas seulement répondre à l’urgence : c’est aussi lui donner les moyens de se relever et de préparer l’avenir et de poser les bases de meilleurs emplois et d’une participation économique durable.
En aidant les ménages à faire face aux coups durs, à acquérir de nouvelles compétences et à reconstruire ce qu’ils ont perdu, ces programmes offrent aux femmes la possibilité de passer de la survie à de véritables opportunités. Et lorsque les femmes avancent, ce sont les familles, les communautés et, à terme, tout le pays qui en bénéficient.
À Madagascar, où les chocs climatiques et économiques sont fréquents, le chemin vers un travail décent est souvent difficile. Pour les femmes, ces obstacles s’accumulent : sécheresse, maladie, déplacements forcés ou perte de revenus rendent les trajectoires encore plus fragiles.
Dans ces moments‑là, les programmes de protection sociale jouent un rôle clé. Ils offrent un point d’appui quand tout vacille, permettant de se relever, de reconstruire des moyens de subsistance et de reprendre pied dans la vie économique. Leur action ne s’arrête pas à l’urgence. En donnant accès à des compétences, à des notions simples de gestion de l’argent et à des opportunités économiques, ces programmes permettent aux familles de regarder au‑delà du lendemain et de mieux se préparer aux crises futures.
Quand nous avons commencé, en 2014, l’aventure était encore modeste. Seules 25 000 personnes, dans une région, bénéficiaient des programmes. Deux ans plus tard, ils s’étendaient déjà à six régions. Aujourd’hui, ce sont près de 3,6 millions de personnes, dans l’ensemble des 23 régions de Madagascar, qui sont accompagnées, et même 7,2 millions si l’on inclut les réponses aux crises. Ce qui rend ce parcours particulièrement inspirant, c’est que près de deux bénéficiaires sur trois sont des femmes. Nous avons vu, sur le terrain, ce que cela change concrètement : des femmes qui reprennent confiance, qui retrouvent la force d’affronter les coups durs et qui disposent enfin d’outils pour décider de leur avenir.
Quatre raisons pour lesquelles les programmes de protection sociale à Madagascar investissent dans les femmes et leur avenir:
Aider les femmes à reconstruire leur vie après les chocs et les crises
Après une sécheresse, une catastrophe naturelle ou la perte d’un revenu, repartir de zéro peut sembler impossible. C’est pourtant à ce moment‑là que les programmes de protection sociale jouent un rôle décisif. À travers le projet de filets sociaux de sécurité et le projet de filets sociaux de sécurité et de résilience à Madagascar, mis en œuvre par le gouvernement malgache avec l’appui de la Banque mondiale, les femmes bénéficient d’un accompagnement complet : aide financière, formations, coaching et séances de sensibilisation. Ce soutien va bien au‑delà d’un appui temporaire. Il permet aux bénéficiaires de reconstruire ce qui a été perdu, de retrouver des moyens de subsistance et de reprendre une activité économique, même après des épreuves majeures. En aidant les familles à se stabiliser dans les moments les plus difficiles, ces programmes évitent que les crises ne laissent des traces durables sur l’éducation, la santé ou les perspectives d’emploi.
Baosolo, Georgette, Mamileba et Tamba, présentées dans la vidéo ci‑dessus, en sont des exemples parlants. Après avoir tout perdu : leurs actifs, leurs revenus ou leur emploi, elles ont pu repartir grâce à l’appui financier et technique reçu. Aujourd’hui, elles gagnent leur vie, subviennent aux besoins de leurs enfants et avancent vers l’avenir avec confiance, résilience et détermination. Leurs parcours montrent comment la protection sociale peut devenir un véritable pont entre la crise, la reconstruction et une participation économique durable.
Renforcer l’inclusion économique des femmes
Les programmes de protection sociale à Madagascar dotent les femmes des compétences et des opportunités nécessaires pour améliorer leurs perspectives à long terme. Grâce aux formations et au soutien financier, beaucoup lancent ou développent des activités génératrices de revenus, dans l’agriculture, la couture, le petit commerce, la vannerie ou le tissage. Elles apprennent aussi à mieux gérer l’argent du foyer, à épargner et à renforcer leurs compétences techniques, ce qui améliore leur productivité tout en favorisant des pratiques plus durables. Dans de nombreux foyers, les transferts monétaires et les subventions sont confiés aux mères afin de répondre aux besoins essentiels (éducation, nutrition, santé), renforçant ainsi les bases d’un avenir meilleur pour les enfants.
Investir dans l’éducation et la santé des femmes et des filles
Pour beaucoup de femmes bénéficiaires des programmes de protection sociale, l’école s’est arrêtée très tôt. Les programmes viennent combler ce manque en proposant des cours d’alphabétisation et d’éducation parentale. Ces apprentissages simples mais essentiels permettent aux mères de mieux accompagner la scolarité de leurs enfants et de briser, peu à peu, le cycle de la pauvreté. Dans un contexte où seuls 47 % des enfants achèvent le cycle primaire (résultats récents de l’Enquête par grappes à indicateurs multiples – MICS 2025), les programmes mettent l’accent sur un enjeu central : maintenir les enfants à l’école, en particulier les filles. Les avancées sont concrètes : l’inscription nette a progressé de 12 points, et depuis 2015, 338 811 filles ont pu être scolarisées.
La santé des femmes et des filles est tout aussi déterminante. Jusqu’à récemment, environ 20 % des femmes ne bénéficiaient pas de consultations prénatales. Grâce aux « espaces de bien‑être », toutes les femmes enceintes participantes ont désormais accès à des soins prénatals essentiels. Ces espaces sont aussi des lieux d’échange et d’apprentissage : les séances de sensibilisation et les formations sur la diversification alimentaire ont permis de réduire la malnutrition aiguë des enfants de 6 à 59 mois de 5,4 points.
Séance d’alphabétisation pour les femmes bénéficiaires des programmes de protection sociale. Photo : Henitsoa Rafalia / Banque mondiale
Autonomiser les femmes comme leaders communautaires
Pendant longtemps à Madagascar, les femmes ont été tenues à l’écart des décisions qui façonnent la vie de leurs communautés. Depuis une dizaine d’années, les programmes de protection sociale contribuent à faire évoluer cette réalité. Aujourd’hui, plus de 20 000 femmes malgaches ont été formées comme « Mères Leaders », devenant des figures de référence et des piliers de résilience au sein de leurs villages. Ces femmes s’engagent pour améliorer l’éducation, la santé et la nutrition, et pour lutter contre le mariage des enfants. À travers leurs actions, elles inspirent, mobilisent et montrent qu’un autre avenir est possible. Volatsarasoa, du village de Malangy à Ambovombe, en est un exemple fort. Après avoir survécu à la sécheresse dévastatrice de 2016 dans le sud de Madagascar, elle est devenue Mère Leader et accompagne aujourd’hui 25 femmes et filles. Ensemble, elles ont créé un groupe d’épargne, investi dans des infrastructures résistantes à la sécheresse et développé un jardin communautaire produisant des cultures nutritives pour mieux nourrir leurs familles et générer des revenus.
Lorsqu’elles reçoivent le soutien dont elles ont besoin, les femmes transforment leur vie et celle de leur entourage. Chaque pas vers l’indépendance économique ouvre de nouvelles possibilités, non seulement pour les femmes elles‑mêmes, mais aussi pour leurs enfants et les générations à venir. En investissant dans les femmes à travers la protection sociale, nous contribuons à réduire la pauvreté et à créer des opportunités d’emploi durables. Plus nous les accompagnons, plus nos communautés deviennent fortes. Et c’est un avenir qui mérite pleinement d’être construit, ensemble.
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